L’histoire
Savigny, « le pays des ours »
Savigny doit son surnom au Vuache, la montagne qui domine la commune et qui abritait autrefois de nombreux plantigrades. En 1818, quatre ours de forte taille causèrent frayeur et dégâts à Savigny. Deux furent abattus lors d’une battue, les deux autres prirent la fuite vers les hauteurs.
Mais la mémoire locale avait retenu les ours bien avant cet épisode. La plus célèbre légende se déroule sur la colline de Plamont, au midi, où s’étendait un grand pâturage — aujourd’hui couvert de bois — où paissaient les vaches des communiers. Un jour, un troupeau mené par un fort et courageux taureau fut accosté par un ours affamé. Le taureau se défendit intrépidement, mais un de ses pieds arrière se prit dans une fente de roche. Un faux mouvement lui brisa la jambe. L’ours, profitant de cette faiblesse, eut raison de lui. Mais la nature se vengea : l’ours repu, ayant voulu grimper sur un arbre, vit une branche se fendre sous son poids. Sa patte y resta prisonnière, et il y mourut de faim.
Ce récit est extrait de la Monographie de la Commune de Savigny par Félix Fenouillet (vers 1900), instituteur et chroniqueur local, dont le travail constitue la principale source historique sur la commune.
L’ours est depuis resté l’emblème de Savigny. Le blason actuel, créé entre 1980 et 1990 par l’artiste et photographe savignerand Rudy Wälti (d’origine suisse), intègre l’ours sur fond de croix de Savoie et un lion inspiré d’un ancien blason du château, probablement celui de la famille De Livron. Au rond-point de Murcier, une statue d’ours rend hommage à cette légende fondatrice.
Au fil des siècles
Savigny a connu une longue histoire seigneuriale. Parmi les familles ayant eu des droits sur la commune : l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune (Suisse), les familles Vidomne de Chaumont, Ternier, Montchenu, Menthon, Livron et les Hospitaliers.
En 1742-1748, des soldats espagnols furent présents à Savigny. Entre 1748 et 1751, les registres paroissiaux signalent la présence de loups. L’électricité fut installée en 1908.
Commune savoyarde rattachée à la France lors de l’Annexion de 1860, Savigny a longtemps vécu de l’agriculture et de l’élevage laitier. Louis Vuichard (1912-2006), militant JAC et président de la Fédération des Coopératives laitières de Haute-Savoie, a largement documenté cette histoire rurale.
Un épisode méconnu : les républicains espagnols
Dès juin 1940, le gouvernement de Vichy envoya à Olliet, hameau de Savigny, des républicains espagnols vaincus par Franco et réfugiés en France. Ils formèrent le 514ᵉ Groupement de Travailleurs Étrangers (GTE), entre 200 et 300 hommes assignés à résidence dans un camp construit par leurs soins. Ils furent chargés de bâtir la route forestière de Plamont pour des travaux de bûcheronnage — la même colline que celle de la légende de l’ours.
Sources : Monographie de la Commune de Savigny, Félix Fenouillet (vers 1900) — Wikipédia, article « Savigny (Haute-Savoie) » — Louis Vuichard, monographie communale — Archives départementales de Haute-Savoie, Armorial des communes (2004).

